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Nov 30

Tunisie. Les enfants aussi ont droit à la dignité

Les élus du peuple à la Constituante ne parlent que des problèmes des adultes. Les enfants ont aussi leurs problèmes. Et leurs droits. Il faut également les porter aux constituants.

Par Samantha Ben-Rehouma

 

 


 

 

La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant a joué un rôle de catalyseur pour toute une série d’actions concrètes visant à mettre véritablement en œuvre les normes adoptées.

L’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant (Atdde) a organisé à l’hôtel Africa en collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Ltdh) et de l’Institut arabe des droits de l’homme (Iadh) un colloque sur le thème : «L’enfant, citoyen silencieux». L’objectif était de sensibiliser l’Etat à l’inscription des droits de l’enfant dans la constitution.

«La situation de l’enfance en Tunisie est certes rassurante, mais il reste encore beaucoup à faire», a souligné, à la séance d’ouverture, la représentante de l’Unicef en Tunisie, Maria Luisa Fornara. «La Tunisie dispose, dans le domaine de l’enfance, d’un cadre juridique et institutionnel approprié qui suscite la considération des organisations internationales spécialisées», a-t-elle ajouté.

Cependant, «il faut des lois détaillées pour les enfants, selon chaque spécificité (handicapés, pauvres ou surdoués), et ce, afin de leur assurer un traitement propre à chacun», a souligné, de son côté, le professeur de sciences juridiques Sadok Belaïd, qui préconise l’instauration d’un nombre d’instruments de mise en application de ces lois, «comme mettre en place un corps d’inspecteurs pour la protection de l’enfance, en renfort aux assistantes sociales. Si par exemple une famille ne peut pas assurer ses responsabilités envers son enfant, il faut prendre certaines mesures de sanctions ou d’aide».

Un citoyen à part entière

Beaucoup d’enfants sont souvent confrontés à l’injustice même en Tunisie où des textes de loi protégeant les enfants existent (article 319 du code pénal amendé en 2010). Leurs droits se voient bafoués dans les services d’aide à la jeunesse, à la maison voire à l’école. Les enfants et les jeunes sont à la recherche d’une aide spécifique qui n’existe pas. Les enfants ont besoin d’être conseillés et soutenus. Il importe de ne pas les considérer comme des êtres inférieurs, ce sont des citoyens à part entière, comme l’a précisé Slaheddine Jourchi, président de la Constituante citoyenne qui se rappelle comment à l’école primaire l’enseignant ne cessait de rabaisser les élèves qui, malgré leur motivation, n’avaient pas le droit d’interférer. «C’est pourquoi, ajoute-t-il, arrêtons d’humilier les enfants, de les violenter, de les instrumentaliser, comme cette mère qui fait porter le voile à sa fille de 6 ans, ou de les manipuler pour des fins politiques ou autres. Et cela ne sera possible qu’en instaurant la démocratie au sein de l’école, une école basée sur l’échange.»

Etre à l’écoute des enfants

La teneur et les conséquences du droit de l’enfant à être entendu et à participer à la prise de décision sont, à l’évidence, imprécises. A travers un mini-documentaire où des enfants témoignent sur l’injustice, l’inégalité des chances…Toutes les personnes présentes ont pu constater la dureté du quotidien (pas d’argent dans les familles, pas de fournitures scolaires, pas de vêtements décents…) de ces enfants malheureux qui se sentent négligés : «A la télévision, les élus du peuple à la Constituante ne parlent que des problèmes des adultes. On ne parle jamais de nos problèmes. Ne nous oubliez pas s’il vous plaît !»

A ce propos, Mme Fornara, a formulé le vœu que la Tunisie intègre dans son processus de réforme constitutionnelle des clauses spécifiques à la protection des droits de l’enfant en renforçant la législation en vigueur de la protection des droits de l’enfant. Elle est tenue, conformément aux observations du Comité des droits de l’enfant émanant de l’examen de son dernier rapport en juin 2010, de créer une institution qui constitue un engagement dans la reconnaissance et la mise en œuvre des droits des enfants.

La mise en application des droits des enfants en Tunisie exige la définition d’objectifs et de stratégies à court et long termes, qui visent à modifier les comportements sociaux et à élaborer des modèles viables de participation des enfants et des adolescents à la prise de décisions politiques et sociétales. Il est par ailleurs indispensable de mettre en place, au sein des instances politiques, des mécanismes qui garantissent la consultation systématique des enfants et une véritable prise en compte de leur point de vue car comme le dit l’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (Onu) Kofi Annan : «Rien n’est plus important que de bâtir un monde dans lequel tous nos enfants auront la possibilité de réaliser pleinement leur potentiel et de grandir en bonne santé, dans la paix et dans la dignité.»


Il reste toutefois bien des mesures supplémentaires à prendre dans plusieurs domaines pour que les enfants puissent jouir pleinement de leurs droits. Il existe un droit qui ne leur est pas garanti dans la pratique : celui de voir leurs points de vue pris en compte.

Outre l’inscription, dans la future Constitution tunisienne, d’une loi sur la protection de l'enfance, les participants au colloque ont appelé à reconnaître les droits des enfants nés hors mariage et à créer une institution nationale indépendante pour protéger cette frange contre toute forme de violence et de maltraitance.

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